In Camera with Andrew Gray (mars 2003)

Entretien avec Andrew Gray, membre fondateur de IN CAMERA puis guitariste de THE WOLFGANG PRESS:

 

Pourriez-vous nous parler de vos premières expériences musicales( depuis le début, IN CAMERA, THE WOLFGANG PRESS, et autres collaborations...)?

Andrew Gray : Eh bien je suppose que je vais commencer par le Billy’s club à Soho, Londres. Jusque-là IN CAMERA n’avait fait qu’une poignée de concerts, cette nuit-là nous avons joué, le concert s’est bien déroulé, et plus tard dans la nuit, il s’est trouvé que Jeff Wilmott notre batteur, a parlé à Jock Mc Donald le promoteur au Billy’s club et il a dit avoir aimé le concert et a demandé si nous étions intéressés pour faire la première partie de BAUHAUS. Environ un mois plus tard, nous jouions de nouveau au Billy’s club, je me souviens qu’il y avait beaucoup de monde et qu’il faisait très chaud car BAUHAUS avait bonne presse depuis les derniers mois. Le concert s’est super bien déroulé, alors que nous sortions de scène, Peter Kent est venu à ma rencontre, il a dit être pour moitié dans une nouvelle compagnie de disques nommée 4AD et qu’ils aimeraient nous faire signer sur ce label. J’ai rencontré Ivo et Peter, j’ai aimé ce qu’ils avaient à dire sur la musique New Wave à cette période, et la façon dont ils voyaient 4AD se développer en tant que label dans le futur. Puis arriva le single "DIE LAUGHING", puis le e.p. de quatre chansons enregistré au studio Blackwing (ndlr :"IV SONGS") et "FIN" le dernier enregistrement pour la John Peel session de 1980. A cette époque nous jouions dans Londres et périphérie avec d’autres groupes de 4AD comme THE BIRTHDAY PARTY, MODERN ENGLISH, MASS. C’est de cette façon que j’ai rencontré Mick et Mark vu que nous avons fait pas mal de concerts ensemble. Après le single et les deux EP, 4AD voulait qu’on fasse un album, nous ne nous sentions pas prêts à faire un album à cette époque, mais à posteriori je pense qu’on avait tort et que ça nous aurait permis de devenir un groupe et alors peut-être qu’on serait resté ensemble. Vers la fin de 1980, IN CAMERA éclata. Après la dissolution de IN CAMERA, j’ai travaillé en solo pendant un temps, puis j’ai reçu un coup de fil de Mick et Mark disant qu’ils avaient formé un nouveau groupe nommé THE WOLFGANG PRESS et qu’ils étaient en studio pour 4AD afin d’enregistrer un album qui devint "THE BURDEN OF MULES". J’ai seulement participé à la moitié de l’album et à cette époque, je n’étais pas un membre à part entière du groupe. Après la sortie de l’album, une tournée a été organisée avec les X MAL DEUTSCHLAND, ce qui ne réjouissait aucun de nous trois. C’est à ce moment-là que j’ai pris la décision de ne plus faire de musique pour un temps. Mick et Mark ont continué, ils ont fait une tournée dans le Royaume-Uni avec les COCTEAU TWINS, puis ils ont enregistré le premier e.p. "SCARECROW". Puis 4AD leur a demandé un second e.p. et une tournée en Europe avec les COCTEAU TWINS. Mick et Mark m’ont recontacté pour les aider lors de l’enregistrement et de la tournée, ils avaient l’impression que ma présence au sein du groupe était nécessaire pour que le groupe soit complet. La tournée s’est très bien passée. Ainsi, depuis ce point, THE WOLFGANG PRESS est devenu un véritable groupe.

Comment s’est arrêté WOLFGANG PRESS et pourquoi ?

Après l’enregistrement de "FUNKY LITTLE DEMONS", un album très dur à faire, Mark a décidé de quitter le groupe. Mick et moi pensions qu’on devait continuer la promotion ainsi que porter l’album en tournée. Nous avons travaillé très dur à donner des interviews, aller à la radio, et à tourner en Europe et aux Etats-Unis, ainsi que les quatre musiciens supplémentaires pour les concerts. C’était donc un gros spectacle à gérer et à faire tourner. Une bonne partie des concerts se sont bien déroulés, dont ceux aux Etats-Unis, représentant la dernière ligne droite, mais à cette époque des rumeurs circulaient comme quoi Warner Bros ne voulait pas renouveler certains contrats avec 4AD. Ce qui est marrant c’est que THE WOLFGANG PRESS s’affirmait aux Etats-Unis, je crois que la reconnaissance dont on a bénéficiée là-bas fut plus importante que n’importe où ailleurs.

La tournée s’est achevée au mois de mai 96. Je suis resté aux Etats-Unis alors que Mick et le reste du groupe a regagné l’Angleterre. La compagne de Mick venait d’avoir leur second enfant et je venais de rencontrer ma future femme, alors je suis resté à Los Angeles les six mois suivants. Mick et moi sommes restés en contact par téléphone et nous travaillions tous deux sur de nouveaux morceaux depuis nos maisons. Là-bas, je suis allé dans les bureaux de 4AD où j’ai rencontré Robin Hurley avec lequel je me suis entretenu des projets pour THE WOLFGANG PRESS, il semblait très positif sur notre futur avec 4AD et Warner Bros.

Environ trois mois après la tournée, j’ai reçu un coup de fil de Ivo et Robin qui disaient vouloir me rencontrer, j’y suis allé et c’est là qu’on m’a dit: "qu’ils avaient le sentiment que Warner Bros avait emmené THE WOLFGANG PRESS aussi loin que possible et qu’ils mettaient un terme à notre contrat. Que 4AD ne pouvait continuer avec le groupe sans le support financier de Warner Bros et qu’ils devaient nous laisser partir".

Ca a été un grand choc pour Mick et moi, alors nous avons décidé que nous chercherions un nouveau contrat quand je serai rentré en Angleterre. Six mois ont passé et, revenus en Angleterre, Mick et moi avons travaillé de nouvelles chansons puisque les six derniers mois nous avions produit de la matière. Nous travaillions depuis mon petit home studio dans l’est de Londres, développant les morceaux. On n’a pas cessé de travailler pendant une année au bout de laquelle nous avions sept chansons. Nous étions décidés à faire des copies, des démos, on a arrangé des rencontres avec des labels et des producteurs, mais les temps avaient changé, la "brit pop" avait connu un super essor en Angleterre et aux Etats-Unis, il nous était très difficile de nous placer et les rencontres avec les compagnies n’ont pas abouti.

On a continué pendant 5 ou 6 mois, mais Mick avait beaucoup à faire avec sa famille et ne pouvait se libérer que deux jours par semaine pour venir à mon studio, ce qui rendait le processus d’écriture beaucoup plus lent.

Une après-midi on s’est assis et on a parlé de notre futur possible avec le WOLFGANG PRESS. Il nous semblait que ce serait très dur avec un temps aussi limité pour l’écriture en n’ayant pas de soutien. Nous avons décidé de le nommer THE WOLFGANG PRESS-R.I.P.

Quel regard portez-vous sur cette période ? Et sur la totalité du travail de THE WOLFGANG PRESS ?

Je crois qu’en tant que groupe nous avions un contrôle créatif sur notre musique, photos et vidéos, et que cela ne peut être une mauvaise chose. Nous avons eu beaucoup de chance de pouvoir faire ce que l’on a voulu pendant onze ans ainsi que d’avoir le soutien de 4AD. Nous avons fait des tournées et rencontré les gens importants à nos yeux, les fans qui achetaient nos disques et qui venaient à nos concerts, ça c’était le mieux!

Nous avons aussi fait de bons albums, conservé nos racines punk qui font qu’on s’acharne et qu’on est des individus, qu’on ne se répète pas. C’est pour cela qu’on a toujours essayé de changer sur chaque album qu’on a enregistré pour ne pas refaire le même album encore et encore, pour être stimulé par chaque nouvel album, se remodeler pour définir un nouveau groupe et un nouveau son mais garder ce sceau WOLFGANG PRESS qui marque notre musique.

Avez-vous des nouvelles des autres membres du groupe(Mick Allen et Mark Cox)? Sont-ils toujours dans la musique?

Je ne vois pas trop Mick en ce moment parce qu’il vit au sud de Londres et que je suis dans l’est, mais il a travaillé sur quelques morceaux avec moi pour le projet LIMEHOUSE OUTLAW. Il a écrit de très bonnes paroles pour deux des morceaux et m’a aidé avec l’arrangement d’une des chansons.

Mark je ne sais pas trop s’il fait toujours de la musique puisqu’on s’est quittés en mauvais termes et que nous ne nous sommes pas reparlé depuis.

Y a-t-il une chance de voir une nouvelle édition (cd/vinyl) de "BURDEN OF MULES" et des maxi-ep’s tirés de l’époque de "BIRWOOD CAGE"-"QUEER"?

Je suis désolé de dire que ça dépend de 4AD, mais je ne crois pas et ce, quelle qu’en soit la forme.

Stanislas

(Trinity n°8/9)