Luna In Caelo (mars 2003)

Enfants de THE POLLEN et de COCTEAU TWINS, les chiliens de LUNA IN CAELO serpentent entre pop éthérée et ombres filamenteuses. Quelques questions pour éclairer leur univers.

Pouvez-vous nous raconter les débuts de LUNA IN CAELO?

Daniel Davila : Nous avons commencé en duo, Alejandra et moi-même, en 1993, à Santiago au Chili, et en 1995 nous avons formé un groupe complet. A l’époque où nous avons fait nos premiers concerts, il n’y avait pas de scène dark à Santiago , alors nous étions "rock alternatif". En 1997 quand nous avons enregistré "AQUELLOS...", nous étions connus en tant que groupe dark. Après cet album fait de façon traditionnelle, nous avons changé la formation du groupe et nous avons commencé à apprendre à faire nos propres enregistrements. C’est comme cela que nous avons fait "MIEDO A MORIR" en 1999, les guitares sont plus présentes ainsi que les voix de fond. Quand nous avons terminé ce disque, Alejandra et moi avons déménagé à Mexico où nous avons sorti notre album et nous commencions à être connus en dehors du Chili. Ici nous avions fait des concerts avec des musiciens mexicains, quelques-uns en duo et un très gros avec tous nos musiciens du Chili. Nous avons également commencé l’enregistrement d’un nouveau CD, qui s’appellera "NOCTE ERAT, LUNA IN CAELO FULGABAT". Quand cette interview paraîtra, nous serons de retour à Santiago.

Il y a l’air d’y avoir un français dans la première formation, Philippe Boissier? Est-ce que sa culture musicale a beaucoup influencé votre musique?

Il vient d’une famille française, mais il est du Chili. Peu importe, il jouait de la basse et il a collaboré aux chansons les plus expérimentales d’ "AQUELLOS…". En ce moment il vit en France , il joue avec un autre groupe chilien, PANICO.

Le côté artistique semble constituer une partie importante de votre travail ( vidéo, morceaux instrumentaux...), vous sentez-vous proches de quelques mouvements artistiques ou d’individus?

Musicalement, nos influences sont très claires , ce sont surtout les groupes dark post-punk classiques. Les arts en général ; nous sommes intéressés par la période avant-gardiste du début de 20ème siècle, plus particulièrement le mouvement expressionniste. Nous nous sentons liés aux sentiments qui ont permis l'émergence de ce type d’art qui compte de magnifiques oeuvres en littérature , peinture, musique et cinéma.

En écoutant votre musique, on pense immédiatement aux COCTEAU TWINS, à la musique cold-wave heavenly, avec des guitares crues, une basse hypnotique et mystérieuse, et une unique voix qui tourne... Pourriez-vous parler de vos influences musicales? Vos goûts musicaux?

Comme je l’ai dit, les groupes classiques de dark post-punk, les COCTEAU TWINS, DEAD CAN DANCE, SIOUXSIE AND THE BANSHEES, THE CURE, JOY DIVISION, etc... Des goûts plus éclectiques comprennent POPOL VUH, LOW, SINEAD O’CONNOR, les CRANES, les derniers DEPECHE MODE. En général, nous recherchons la musique qui vous fait ressentir des choses intéressantes et c’est ce que nous essayons de faire, faire que l’auditeur sente quelque chose, même si les paroles ne sont pas comprises.

Dans le livret, vous dites que LUNA IN CAELO était le premier groupe dark indépendant au Chili, quelle est la scène musicale du pays?

La scène culturelle est très pauvre au Chili, et la musique ne fait pas exception. Il y a de très bons musiciens au Chili, mais il n’y a pas moyen que les groupes parviennent à vivre , ou obtenir des rétributions grâce à leur travail. En un sens, cela signifie que tous les musiciens font leur art pour un besoin personnel , ce qui est bien, mais très difficile. Nous étions en dehors du Chili pendant deux ans, nous espérions que les choses avaient changé. De toute façon, il y a de très bons groupes, comme LUCYBELL, qui est sorti de l’underground pour être professionnel ;

Pourquoi avez-vous déménagé au Mexique?

Ce n’était pas pour des raisons musicales. Alejandra a passé un doctorat en histoire ici, au Mexique, alors nous sommes restés pendant deux ans. Maintenant elle a fini, alors nous retournons au Chili. Sortir de notre pays a été génial, nous avons une autre perspective de notre musique et nous avons décidé de faire un album duo ici au Mexique.

Alejandra, comment êtes-vous parvenue à l’écriture d’une mélodie vocale ? Improvisation ? Vous chantez sur une mélodie instrumentale ?

Alejandra: La musique vient en premier, après l’avoir entendue quelques fois, j’essaie d’identifier les sensations qu’elle me provoque. Puis, j'écris des paroles en relation avec ses sensations et finalement j’élabore une mélodie pour elle.

Vous avez sorti deux albums; le second "MIEDO A MORIR" explore les mêmes sentiments qu’ "AQUELLOS…" ou d’autres? Comment décrivez-vous votre évolution artistique et musicale?

Il existe de grosses différences entre ces deux albums. "AQUELLOS…" était en gros, une compilation de nos concerts de cette époque, donc il a un son plus live, plus dur. Pour "MIEDO A MORIR" nous avons écrit la musique en essayant de produire un travail plus compacte, focalisé sur un type de sentiment. Notre travail habituel ressemble plus à "MIEDO A MORIR", mais nous tentons de faire de la musique plus mélodique. Je crois que l’évolution majeure qui s’est produite au cours des années est que nous avons construit un son à nous.

Avez-vous de nouveaux projets pour l’avenir ( albums, événements artistiques, films...) ?

En ce moment nous finissons un nouvel album, on espère qu’il sortira bientôt. Comme nous déménageons au Chili, dans les prochains mois il y aura des concerts, nous voulons jouer en Amérique du sud. Nous terminons cet album duo pour en commencer un autre avec tous les musiciens. Et, comme vous l’avez mentionné, nous travaillons sur le projet d’un film, un conte étrange, sombre et historique qui sera fait en 2003.

En Europe, votre premier album est connu grâce au label italien Palace Of Worms, comment avez-vous fait la connaissance de ce label?

Par internet. Il y a quelque temps, nous avons créé notre site et Guido de POW l’a vu et nous a contacté. Puis nous avons conclu cet accord qui nous a permis d’être connus en Europe.

Y a-t-il une chance de vous voir sur scène en Europe, ou peut-être en cassette ou DVD ( il y a un extrait d’un morceau vidéo live sur votre premier album) ?

Nous aimerions beaucoup jouer en Europe. Nos performances live sont très intéressantes, mélangeant des projections en arrière plan et de la vidéo avec de la musique très calme et des tempêtes bruyantes. De toute façon, nous avons l’habitude de jouer dans des petites salles, des lieux intimes. Nous sommes sur le point de terminer notre site web, des lives y figureront.

Comment les gens réagissent à votre musique? Font-ils souvent allusion à votre pays d’origine?

Première chose, notre musique n’a pas un grand public (quelque chose que nous avons très envie de changer), mais ce que nous aimons c’est que bien que notre travail pourrait être décrit comme dark, ou gothique, notre public n’est pas toujours gothique. Notre musique peut être entendue par des gens qui ne s’habillent pas en noir. En concert, les gens nous parlent souvent de leur rêves, de leur espoirs et projets. C’est marrant, c’est au Mexique qu’on a donné nos premiers autographes.

Avez-vous quelque chose à dire à la France, à nos lecteurs?

J’espère que notre travail va recevoir un bon accueil en France, même si ce ne sont pas les mêmes langues. Nous voudrions vous remercier pour cet entretien et dire à tous vos lecteurs que nous serons très heureux de jouer pour eux. Merci.

 

Stanislas

(Trinity n°8/9)