O Quam Tristis (mars 2003)

A l'occasion de la parution de leur second album, les secrets O QUAM TRISTIS lèvent le voile sur leur univers.

Comment est née l'idée d'O QUAM TRISTIS? Avez-vous suivi une éducation religieuse ou des études de lettres classiques qui auraient inspiré l'écriture du premier album en latin?

Le groupe est né de la réunion de musiciens évoluant ou ayant évolué dans diverses formations de la sphère Dark-Goth-Folk-Wave et même plus classiques autour d'un projet qui pourrait à la fois rassembler le goût pour la langue latine d’Anna et Katrina ainsi que la passion qui anime chacun d’entre nous pour les musiques médiévales, baroques, traditionnelles et même plus électro. Ces divers penchants ne pouvant se réaliser pleinement dans nos expériences respectives,  "O Quam Tristis…" est vite devenu le creuset dans lequel ont fusionné ces différentes influences.
Le latin s’est tout de suite imposé comme langue incontournable pour préserver l’aspect ancien des mélodies créees. Cette langue possède en elle-même une sensualité forcément très proche de langues méditerranéennes actuelles telles que l’italien qui en est directement issu. Cette langue, dite morte, recèle en elle un mystère transmis par le fait que peu de gens la comprennent et à fortiori la parlent de nos jours. Le fait que les textes liturgiques latins utilisés aient été déjà écrits à l’origine pour être chantés et qu’ils respectent d’emblée une métrique les rend d’autant plus agréables à mettre en musique.

La dimension grégorienne porte une lumière céleste sur votre premier album, est-ce le résultat d'un penchant pour une fantasmagorie mystique ou avez-vous choisi d'utiliser le Manuel Grégorien pour en extraire les ferments d'une morale austère?

Le Manuel Grégorien est un ouvrage qui détaille chaque cérémonie de la liturgie catholique (Offices, Mariages, Enterrements…). Il indique pour chaque circonstance les mots et l’attitude à adopter par le prêtre et les assistants et propose également les partitions grégoriennes des psaumes appropriés (d’où son nom.). Nous n’avons pas choisi uniquement le chapitre très particulier décrivant les cérémonies funèbres réservées aux enfants en bas âge par souci de morbidité mais surtout parce que ce titre "Funérailles des Petits Enfants" nous semblait porter en lui une poésie et une résonnance particulières avec le thème de la perte des illusions et de l’innocence. Nous avons donc extrait la grande majorité des textes de notre premier album de ce même chapitre et avons décidé de conserver le titre en français comme titre de notre premier album, seule et unique marque de notre situation géographique et culturelle.

Ceci dit, au delà de la rigueur et de l’austérité du thème et de la jaquette de l’album, la musique qui compose ce disque conserve un côté relativement optimiste. Dans de nombreuses religions, il est courant de penser que chaque enfant mort en bas âge deviendrait un Ange dans l’autre monde car il aurait su quitter les Hommes avant que ceux-ci n’aient eu le temps de corrompre son innocence. De telles extrapolations ne devraient point engendrer uniquement la tristesse mais également l’espoir, quand bien même utopique…

Quelles influences musicales et/ou picturales sous-tendent votre inspiration?

Il est très difficile de citer ses influences sans risquer d’oublier certains noms importants. En dehors de la musique religieuse ancienne (du XIIème au XVIIIème siècle) et dont il serait très difficile de dresser une liste de compositeurs, il sera plus aisé de citer des artistes ou des formations plus contemporaines existantes ou disparues ; voici donc quelques noms dont on peut dire sans erreur que certains ou l’ensemble de leurs albums ont beaucoup compté pour nous et qu’ils continuent à hanter notre processus créatif : Malicorne, Alan Stivell, Qntal, Cure, Dead Can Dance,Cocteau Twins, Sisters of Mercy, Xymox, Kolinda, Estampie, Freyburger Spielleyt, Miranda Sex Garden, Ataraxia, Spondo… et j’en oublie certainement…

Concernant la musique, l’architecture et la peinture, nous avons bien entendu une grande prédilection pour le Moyen Age, la Renaissance et pour le mouvement " Néo-Gothique" du XIX ° siècle dont nous sommes particulièrement friands .

Vous cultivez une image énigmatique, générant un culte singulier, est-ce une volonté médiatique de parfaire le mythe -nébuleux et occultes- ou un goût pour le retrait, êtes-vous d'inexorables solitaires?

  1. Ce n’est pas en tout cas de notre part une attitude préméditée mais il est vrai que le style de musique et d’imagerie que nous véhiculons ne sont pas des plus faciles à promouvoir . Nous ne voyons pas non plus l’intérêt de nous mettre en avant par rapport à la musique. Celle-ci nous aide à vivre, nous sauve du marasme de la vanité et de la vacuité qui finissent toujours par ronger ceux qui ne peuvent malheureusement que regarder passer les heures sans avoir de prise sur elles.

Nous trompons nos angoisses en remplissant au maximum le temps qui nous est imparti. Nous réunissons nos solitudes que nous n’avons pas vraiment choisies pour en tirer quelque chose de collectivement esthétique ; mais la solitude intérieure est plus qu’évidemment inexorable… La musique n’est que le meilleur moyen que nous ayons trouvé pour la rendre plus " supportable".

Comment avez-vous été amenés à signer sur le label italien Palace of worms?

Nous avons découvert le label italien Palace of Worms avec la superbe compilation "STORM THE PALACE Anno Domini MCXVII" parue courant 1999. Le thème principal en était le Moyen Age et tous les participants donnaient, avec leur propre style une lecture très personnelle de cette époque lointaine . Cette manière très brillante de concilier le Passé avec le Présent de toutes ces formations nous a donné l’idée de faire parvenir notre démo à Guido Borghetti (manager de POW). Celle-ci eut la chance de susciter son intérêt. Le label n’avait pas jusqu’ici signé , pour un album entier, de groupe à tendance Néo Médiévale ; l’orientation principale étant plutôt Dark Ambient.

Y aura-t-il un changement d'orientation musicale sur le prochain album, doit-on craindre la présence de morceaux synthie-pop parodiques à l'image du titre fantôme de l'album "FUNERAILLES...", ou n'était-ce qu'une "private joke"?

Le titre auquel tu fais allusion (Beati Immaculati II ) n’aurait jamais du figurer sur l’album. Nous l’avions mis sur la démo envoyée au label. Il existe une version beaucoup plus "acoustique" de ce morceau dans le track listing de l’album avec simplement un orgue et des voix. C’est finalement Guido Borghetti qui a insisté pour que cette version quelque peu remix-rave soit sur le cd mais en ghost track. Il eut en effet été quelque peu en porte-à-faux avec l’ensemble de l’album.

Ce seizième titre ne préjuge pas d’une orientation plus upbeat d’O QUAM TRISTIS… pour le nouvel album. Si remixes il doit y avoir de certains de nos prochains titres, cela se fera séparément .

Le prochain album sera toutefois plus homogène que le précédent. Nous avons tenté de donner une plus grande cohérence entre les vocaux féminins / masculins et tous les backgrounds musicaux lesquels pour tout electroniques qu’ils puissent être resteront mêlés aux instruments acoustiques qui nous sont chers : dulcimer, psaltérion, guitares, violon, flûtes…. Je pense que ce prochain album cultivera à la fois l’Heavenly, la Pop, le Folk et le Médiéval. Nous n’avons pas la prétention de faire une musique figée ou s’inscrivant dans une époque plutôt qu’une autre et notre éclectisme d’inspiration continuera à se faire sentir mais avec plus de lien dans le traitement.

L'Art religieux occidental est en pleine déliquescence, mais des groupes comme ROSA CRUX (inspirés par les Rose-Croix) ou ATARAXIA (qui revivifient le blason des Templiers) en régénèrent le creuset, vous sentez-vous proches de cette dimension mystique dans la création musicale? Votre attachement pour les choses cultuelles est-il esthétique ou lié à un sentiment religieux?

Nous collectionnons depuis assez longtemps des objets liturgiques, en particulier du XIX°siècle, statuettes, missels … le Manuel Grégorien est un ouvrage parmi tant d’autres extrait de notre bibliothèque, ayant la particularité de détailler chaque cérémonie de la vie religieuse … textes liturgiques en latin, partitions grégoriennes des psaumes et annotations à l’usage des officiants et des assistants quant à la conduite des célébrations et à l’attitude à adopter lors du déroulement de celles-ci… Le fait d’utiliser le Manuel Grégorien est donc d’abord plutôt un choix d’ordre esthétique. Il faut avouer que plusieurs d’entre nous ont suivi des études littéraires et étudié de près ou de loin le grec ancien et le latin, cela laisse des traces. Nous avons également pour certains d’entre nous reçu une éducation religieuse laquelle, si elle ne nous a que peu convaincus, a eu pour conséquence directe de créer de notre part un intérêt réel pour toutes les « excroissances » dérivées d’inspiration religieuse : architecture, musique, littérature, peinture etc…

Le latin est le ciment du groupe, le lien entre nos influences musicales qui se déroulent tout au long de nos chansons. Cette langue morte est très sensuelle à chanter et permet une foule de prononciations différentes entre lesquelles, il faut bien l’avouer, nous hésitons souvent (à l’italienne, à la française, à l’anglaise…). L’aspect mystérieux que revêt un langage aujourd’hui peu usité participe au plaisir que nous procure le fait de composer sur des textes métrés qui contiennent déjà en eux-mêmes une musicalité évidente. C’est peut-être lors de la phase de création des chansons que nous touchons peut-être le plus à une sorte de dimension mystique. Une sorte de communion esthétique autour d’un langage

Nous n’avons pas pour but de promouvoir ou de restaurer la religion catholique en Occident…. ! Les textes que nous chantons pourraient être utilisés pour louer n’importe quelle divinité monothéiste réelle ou fantasmée. Le logo du groupe est à lui-seul le résumé de notre philosophie. La colombe de la paix entourée d’une croix sous l’emprise du Démon et d’une autre sous la protection d’un Ange…

Ceci dit, nous envisageons pour un éventuel troisième album d’utiliser des textes latins profanes antiques ou médiévaux. Nous sommes pour l’instant dans une phase de lecture/ recherche qui risque de nous occuper un bon moment, la sélection étant fort difficile.

Quels sont vos projets (concerts, albums)?

Nous avons terminé l’enregistrement de notre second album "LE RITUEL SACRE" qui comportera 13 titres. Celui-ci sera mixé sous peu. Ces nouveaux morceaux tirent leur texte d’un tryptique néo-gothique d’appartement utilisé au XIX° siècle pour accomplir ses prières à domicile et dont nous possédons un exemplaire sur l’un des murs de notre salle de répétition. Nous avons en quelque sorte réussi à donner une seconde vie musicale à cet objet qui avait sans doute dormi longtemps dans les réserves d’un antiquaire. Le livret du nouvel album sera réalisé comme le premier par Curt Emmer, du groupe américain BLEEDING LIKE MINE. Sortie prévue Avril/Mai 2002 chez Palace of Worms.

Côté concerts nous sommes pressentis pour le prochain Festival de Leipzig mais cela reste encore à confirmer.

Stanislas

(Trinity n°8/9)