Le roman gothique, autrement appelé roman noir, est un phénomène littéraire qui est apparu massivement en Angleterre dans la seconde moitié du XVIIIème siècle et qui n’a pas survécu au-delà de la première moitié du XIXème siècle.

L’Angleterre ne fut pas l’unique berceau du roman gothique, sa naissance est le fruit d’une convergence des sensibilités occidentales dominantes de l’époque (Angleterre, Allemagne, France). Le roman gothique s’est développé grâce à une circulation des courants esthétiques et littéraires de cette période et, en ce sens il représente une étape importante, quoique souvent méconnue ou rejetée, de la sensibilité du XVIIIème siècle. Car, si la découverte de l’horreur comme source de plaisir et de beauté n’appartient pas en propre à ce siècle, c’est là que l’on en prit pleinement conscience, la situation historique aidant.

En effet, l’âge des Lumières a aussi été celui de l’ombre, de la nuit, des tombeaux et des cimetières. La découverte de l’horreur comme source de plaisir et de beauté a fini par influencer le concept même de beauté, l’horrible devient ainsi solidaire du beau. Cette sensibilité morbide s’est développée dans de nombreux courants littéraires antérieurs au roman gothique qui s’en est inspiré (romans grecs, drame élizabéthain…).

Ainsi c’est un climat général de violence et de cruauté, d’amours malheureuses, de vertus menacées qui grandit tout au long du siècle. Des personnages et des motifs récurrents se mettent en place dans les genres littéraires : parents défunts ou hostiles, jeunes filles vertueuses et persécutées par des moines hypocrites ou des libertins cruels, espaces clos et étouffants comme les châteaux, les couvents…

Le premier des romans gothiques est né du rêve d’un aristocrate anglais, Horace Walpole. Après avoir aménagé sa demeure de Strawberry Hill en véritable château gothique, il rêva une nuit de juin 1764 qu’il se trouvait dans un très vieux château où il avait aperçu une main de géant gantée de fer posée sur la rampe d’un grand escalier. Fasciné par son rêve, il se serait mis à écrire un soir sans trop savoir ce qui allait en résulter. Ainsi serait né Le Château d’Otrante (1764) qu’il aurait mis deux mois à achever. Dans ce roman, il allait jeter les bases du roman gothique à savoir un décor et un cadre gothique liés à la redécouverte du Moyen Age, des personnages souvent schématiques soumis à leurs sentiments et/ou à leurs pulsions, le recours au surnaturel, les thèmes de l’usurpation et de la persécution.

Puis d’autres auteurs s’engagèrent dans la voie ouverte par Walpole, parfois avec des fortunes et des sensibilités diverses. Parmi les femmes, grandes lectrices de romans gothiques, une se distingue encore nettement, il s’agit d’ Ann Radcliffe. A la différence de Walpole, elle a en partie relégué le surnaturel au second plan de l’action pour mettre davantage l’accent sur le cadre, sublime et grandiose, et sur un personnage central : la jeune fille, objet de tous les désirs et de toutes les persécutions. Les Mystères du château d’Udolphe (1794) et L’Italien ou le confessionnal des pénitents noirs , deux oeuvres toujours disponibles en français, continuent d’exercer une fascination sur le lecteur, fascination pour la violence des paysages et du décor (forêts ténébreuses, falaises abruptes, souterrains et couvents putrides, châteaux maléfiques…) et fascination pour un personnage désincarné, véritable mécanique érotique au service des pulsions masculines.

Le succès du roman gothique va croissant dans les années 1795-1800 et il va franchir un cap avec la publication du roman de Matthew Gregory Lewis , Le Moine (1796 ou 1797). On y retrouve les ingrédients du roman gothique mais relevés par un frénétisme et une outrance dans l’action et la mise en scène des personnages, inspirées des nombreuses oeuvres allemandes que Lewis avait pu lire lors de son voyage en Allemagne en 1792.

Malgré un nombre important de lecteurs et d’auteurs venus de tous horizons(de la femme au foyer en passant par l’homme d’église), le roman gothique allait peu à peu s’essouffler et sombrer de plus en plus dans le pastiche ou la parodie des ouvrages les plus célèbres.

En 1820 paraît un des derniers romans gothiques, Melmoth ou l’homme errant d’un auteur irlandais, Charles Maturin. En y intégrant la légende du Juif Errant, il a ajouté à son roman une dimension métaphysique et philosophique, absente la plupart du temps des romans gothiques.

Finalement si le roman gothique apparaît comme un phénomène météore qui s’est développé entre 1764 et 1824, il n’en a pas moins baigné l’horizon littéraire du XIXème siècle et notamment en France où il a marqué et influencé les oeuvres de jeunesse d’écrivains aussi consacrés que Balzac, Hugo ou Nodier.

Petite bibliographie gothique :

Horace Walpole Le Château d’Otrante, édition Robert Laffont, 1989, collection « Bouquins » in Romans terrifiants.

Ann Radcliffe Les mystères du château d’Udolphe, édition Robert Laffont, 1989, collection « Bouquins » in Les Evadés des ténèbres.

L’Italien ou le confessionnal des pénitents noirs, édition Robert Laffont, 1989, collection « Bouquins » in Romans terrifiants.

Matthew Gregory Lewis Le Moine, édition Robert Laffont, 1989, collection « Bouquins » in Romans terrifiants.

Charles Maturin Melmoth ou l’homme errant, édition Robert Laffont, 1989, collection « Bouquins » in Romans terrifiants.

Catégories :

Laisser un commentaire