Artisans
d’un trip goth sombre et envoûtant, le duo Sunday MUNICH a d’ores et déjà
à son actif deux albums vénéneux. Cet entretien permet
de mieux cerner l’univers du groupe, entre intuition mystique et sensibilité
musicale épidermique.

Pourriez-vous
nous parler de l’histoire de SUNDAY MUNICH (des groupes précédents
, de leurs membres) ?

Sarah:
SUNDAY MUNICH est mon premier groupe. Je ne peux imaginer une situation qui
pourrait me rendre plus heureuse que ne le fait SUNDAY MUNICH. Avis a eu quelques
autres groupes et a décidé qu’il voulait prendre ce dont
il était capable et de le mettre dans un contexte qui le satisfasse.
Il a ressenti le besoin d’aboutir à quelque chose de concret, à
une réalisation et SUNDAY MUNICH était un moyen d’y parvenir.

Que
signifie le nom SUNDAY MUNICH ?

Avis:
SUNDAY MUNICH vient d’un pari entre moi et un ami très proche.
Je ne peux donner plus de précisions sans que ce soit grossier, mais
je peux dire que ça a un rapport avec la géographie et le temps.

Quelles
sont vos principales influences en art et en musique ?

Sarah:
Je m’intéresse beaucoup à l’art religieux russe. Je
trouve très intrigante la façon dont l’histoire et les personnages
historiques ont marqué diverses régions et périodes. J’aime
également l’architecture. C’est ahurissant des fois les idées
grandioses qui entrent dans les constructions. Le moins qu’on puisse dire
c’est que la musique a énormément changé au travers
des années, et j’ai l’impression que retourner aux classiques,
retourner à ce qui fut la forme dominante de la musique pendant si longtemps,
le classique, romantique ou baroque pour les nommer, a beaucoup à enseigner.
La pureté qui résonne dans, disons, Beethoven, Albinoni ou Rachmaninov
est une donnée que la musique « d’aujourd’hui » n’a
pas. Tout cela a une grande influence et je suis certaine qu’Avis pense
de même. Le talent qui s’exprime dans les oeuvres de musique de
chambre ou dans les opéras par exemple, me bouleverse. Pas d’effets,
pas de contrôleurs midis, rien qu’une opinion ou une expérience
qui conduit un homme à apprendre un art afin de le communiquer aux autres.
Il n’y a vraiment rien d’autre à ajouter à cela.

Avis:
Nous vivons au temps du néant ou le rien signifie vraiment tout pour
tous. Quand j’essaie de créer une nouvelle musique, ou d’accéder
à un nouveau niveau dans ce que je fais, je vais dans les rues, les clubs
de strip-tease, les centres commerciaux, les églises, n’importe
où tant qu’il y a beaucoup de monde. A l’intérieur
de la plupart des gens il y a une voix qui hurle pour quelque chose ; quoique
ce soit ; je tente de savoir ce qu’ils disent avec cette voix, et
j’essaie de savoir si il y a une partie de moi qui s’identifie à
cela. Si c’est le cas, j’ai normalement une sorte de relation amicale
qui s’installe avec la personne, de là j’essaie de trouver
le son. Dans un monde sans voix, il n’y a pas besoin d’influence,
parce que tout le monde en réclame une à corps et à cri.
La musique ne devrait pas être conçue d’après une tendance
mais d’après ce qu’on voit et ce qu’on ressent. De
ce que j’ai vu de la vie, elle est trop courte pour faire des compromis,
quand chaque moment que nous vivons, a d’infinies possibilités.

Quelqu’un
vous inspire-t-il pour la voix ?

Sarah:
C’est une question difficile pour moi. J’admire beaucoup de chanteurs,
tous pour différentes raisons mais en ce qui concerne les voix qui m’ont
inspirée… Je dirais Ani Di Franco et Nina Simone. Elles poussent leurs
voix à la limite et je respecte cela. Pour Ani Di Franco, je salue aussi
l’honnêteté dont font preuve les paroles. Elle m’inspire
en tant que personne et chanteuse. J’admire toute personne qui a quelque chose
à dire et qui est prête à vivre cette aventure pour être
entendue. Il EXISTE des musiciens qui disent ce qu’ils pensent et qui
signifient ce qu’ils font. C’est louable en des temps où
ce que tu portes est plus passé à la loupe que ce que tu tentes
de dire à travers ta musique.

Comment
analysez-vous l’évolution entre «Pneuma» et le nouvel
album ?

Sarah:
Je pense que « Acacia » sera plus proche de ce qui avait été
envisagé pour SUNDAY MUNICH qu’aucun des albums enregistrés
précédemment. L’intention y est plus claire. Le chemin a
été bien tracé et j’essaie autant que je peux d’y
être la plus fidèle. La musique créée par Avis récemment
m’abasourdit. Le violoncelle s’est changé en une force avec laquelle
il faut compter. Entre les enregistrements de cet album et le dernier, nous
avons expérimenté diverses choses qui nous ont changés
un peu. Je crois que nous sommes incapables de retenir ce que nous traversons
et ce que nous enseigne la musique, la musique grandit à mesure qu’elle
se rapproche.

La
façon d’enregistrer cet album est aussi une chose avec laquelle
nous nous amusons, des micros différents, des ambiances différentes,
des instruments différents , tout en maintenant cet équilibre
qui conserve ce qu’on fait, nous.

WISH
YOU WERE HERE est une bonne chanson (dédiée au magicien du psychédélisme,
Syd Barrett), mais Pink Floyd c’est plutôt un groupe ampoulé,
alors pourquoi avoir choisi cette chanson ?

Avis:
J’ai grandi avec PINK FLOYD et les paroles de cette chanson disent des
choses que je tenais à dire sur cet album. Je comprends que faire une
reprise de cette chanson semble vaniteux, et ça nous a préoccupé
pendant longtemps. Nous ne pensons pas le moins du monde que nous soyons aussi
bons que PINK FLOYD. Nous avons pensé que ce serait plus un hommage à
une personne et à un groupe qui étaient vraiment merveilleux.
Mais laisse-moi le redire, nous ne pensons pas avoir mieux fait cette chanson
ou y avoir ajouté quoi que ce soit d’important . La façon
dont ils l’ont interprétée est et était géniale.
C’est exactement la façon dont je vois cette chanson et la façon
dont je la ferais.

Votre
musique fait le lien entre différents styles de musique, de l’électronique
trip-hop à des territoires dark-wave. Est-il facile pour un groupe de
créer de la musique sans frontières ? (En Europe, il est très
difficile pour un groupe cold wave ou gothique d’introduire des boucles
trip-hop, c’est un suicide artistique, le meilleur moyen de perdre son
public!)

Avis:
Nous ne nous voyons pas comme gothiques ou cold-wave. Nous avons toujours utilisé
les rythmes que nous voulions qui, quelques fois sont jugés trip-hop.
Si nous devions ranger notre musique dans une catégorie, nous dirions
que nous sommes un groupe trip-hop. Pour ce qui est de perdre notre public,
nous avons toujours utilisé des rythmes comme ceux-ci alors les gens
qui nous apprécient vont j’espère, continuer à aimer
ce que nous faisons. La chose essentielle que j’aurais besoin de répondre
à une telle question est: « Aimez-vous la musique ? », si oui,
pourquoi aurions-nous besoin d’une classification ? Nous essayons de reproduire
les sons de notre architecture interne, quels que soient les rythmes qui viennent
avec, nous les utilisons. Mais en aucun cas nous tentons de faire de SUNDAY
MUNICH quelque chose de plus viable commercialement en utilisant n’importe
quoi. Nous essayons de faire de l’art pas de l’argent.

En
ce qui concerne les frontières musicales, je ne crois pas qu’on
puisse avoir de limites dans la musique.

Je
crois que les musiciens devraient arrêter de s’inquiéter de ce
que les gens vont penser de leur musique et commencer à faire de la musique
qui vient des musiciens. On a assez de Britney Spears dans le monde. Je peux
comprendre le parcours des gens qui veulent faire de l’argent. Quand je
serai sur mon lit de mort, je préférerais avoir dit quelque chose
à un petit groupe de gens plutôt que d’avoir gagné
beaucoup d’argent avec de la musique calibrée pour divertir les
masses. Quand je fais de la musique je ne me soucie pas de ce que vont penser
les gens, ma préoccupation première est de savoir si je l’aime
et si je dis ce que je voulais dire. Et si d’autres personnes l’apprécient
et bien, c’est pas plus mal.

Y
a-t-il une chance de vous voir sur scène en Europe ?

Avis:
Je n’en suis pas certain, nous adorerions jouer là-bas mais
nous allons jouer aux Etats-Unis pendant un temps. Mais espérons que
si j’obtiens ce que je veux, nous essaierons de jouer là-bas un
jour.

Quels
sont vos prochains projets ?

Avis:
Nous travaillons sur un nouvel album appelé « ACACIA » qui devrait
sortir en 2002. J’ai aussi fait un album complètement instrumental
« GANGLION INSTRUMENTALS » qui sortira avant la fin de l’année
mais ne sera disponible qu’en vinyle.

« ACACIA »
se présente très bien, je suis très heureux du travail
réalisé. C’est la meilleure musique que nous ayons jamais
faite et je suis amoureux de la musique. Il y aura aussi quelques surprises
sur cet album.

Avez-vous
quelque chose à dire à la France ou à propos de la France
?

Avis:
J’apprécie vraiment tout le support que nous avons reçu
en provenance de l’autre côté de la mer, toutes les lettres
et les e-mails sont très importants pour moi. Je suis personnellement
très impatient de visiter la France. Je suis depuis très longtemps
respectueux de la culture française et j’ai vraiment hâte
de l’explorer … vraiment hâte.

 


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