Après
des débuts enchanteurs sous la lumière tamisée d’une coldwave
sentimentale, HIDE AND SEEK s’est orienté vers des terres plus bucoliques,
à travers un “European lanscapes” paré de subtiles
colorations folk.

 

(ndlr:
l’entretien a été réalisé avant la parution des
deux collaborations A SPARROW-GRASS HUNT avec Julien Ash de N.L.C. et THY VIOLENT
VANITIES avec des membres de O QUAM TRISTIS).

 

Pouvez-vous
nous raconter les débuts du groupe et/ou de vos autres premières
expériences musicales?

Pierre-Yves:
HIDE&SEEK est plus un duo qu’un groupe. Liesbeth et moi-même
faisons de la musique ensemble depuis 1993. Avant cela, mes activités
musicales n’étaient pas très structurées: je composais
des chansons dans mon coin et collaborais ponctuellement avec d’autres
musiciens. Fonctionner en duo me convient parfaitement. D’une part, c’est
mieux que d’être seul: seul on peut vite tourner en rond et perdre
toute capacité critique. D’autre part, cela évite les concessions
et les contraintes de la composition de groupe. Mais sur scène, où
l’approche de la musique est très différente, des musiciens
nous rejoignent. Actuellement, il s’agit d’un percussionniste, Olivier
Vitry, et d’un multi instrumentiste, François Marnier. Nous nous
préparons en outre à jouer avec un bassiste et flûtiste
de talent : Eric Lenotz, de O QUAM TRISTIS et THY VIOLENT VANITIES.

Liesbeth:
Il faut quand même que je précise que Pierre-Yves prend toute la
composition des chansons pour son compte ainsi que l’interprétation
des instruments sur les enregistrements. Mon rôle est de chanter (soit
des chœurs soit le chant principal) et d’écrire quelques
textes et

mélodies de chant.



Vos
influences musicales et artistiques ont-elles évolué depuis le
premier album, et cela a-t-il influé sur votre façon de composer
et de concevoir la musique?

Pierre-Yves:
Certainement. Je ne sais pas jusqu’à quel album tu remontes, mais
quoi qu’il en soit mes influences que je qualifierais d’ancestrales
– de DEPECHE MODE à CURE en passant par DEAD CAN DANCE – s’enrichissent
maintenant par l’écoute de styles plus variés. Je ne renie
pas ces influences premières, au contraire, mais maintenant j’écoute
plus de pop et de down tempo que de cold. Pour la scène, l’influence
des NITS – mes chouchous néerlandais! – est certainement perceptible.
Alors pour répondre à ta question, je pense que oui: tout cela
n’a pas manqué d’influer sur ma façon de composer.
Je suis de plus en plus exigeant avec moi-même, plus pointilleux, voire
pointilliste. Mais ma façon de concevoir la musique, émotionnelle
et intuitive, n’a guère changé. L’émotion doit
primer sur la réflexion, que ce soit dans le choix des arrangements,
des styles ou des textes. Rien n’est calculé. Seulement maintenant,
tout est plus posé, travaillé, affiné.


Entre la coldwave princière de Your world, On the balcony et Le chercheur
d’arbres et le nouvel album il semble y avoir eu une révolution sonore.
La musique semble plus acoustique, plus fouillée et orchestrée
que par le passé, peut-être au détriment de l’immédiateté
ensorcelante des titres sus-cités. Doit-on entendre cette évolution
comme définitive, Hide & Seek ouvrant de nouvelles perspectives,
libéré des stigmates de l’adolescence du groupe?

Pierre-Yves:
Il n’y aura jamais d’évolution définitive pour HIDE&SEEK.
Je n’aurai de cesse de remettre en cause ce que nous faisons, de ne rien
considérer comme acquis ou parfait. Je ne considère pas que le
passé soit moins bon que le présent, ni que le présent
soit meilleur que le passé. Mais il y a une évolution c’est
certain, cela rejoint ma réponse à ta question précédente.
Je vois ce que tu veux dire en parlant de l’immédiateté
des titres de «Luxembourg». Les chansons étaient écrites
plus vite alors forcément, elles étaient plus spontanées,
je comprends que cela ait son charme et c’est d’ailleurs ce qui
me plaît quand je les réécoute! Je me dis: «ouah,
y’avait de bonnes idées là!» Même si elles comportaient
des erreurs de jeunesse. En même temps que je m’efforce d’affiner
mes compositions, je veille à garder au mieux cette spontanéité.
C’est déjà dans l’équipement utilisé
qu’il ne faut pas tuer la spontanéité: l’informatique
musicale doit être au service de l’écriture, sans constituer
un obstacle par sa complexité. Je suis en train de refaire mon studio
pour que le processus créatif reste le plus simple possible. Je travaille
également à créer un son plus homogène pour HIDE&SEEK.
C’était quelque chose qui me gênait un peu avant «European
Landscapes»: ça partait un peu dans tous les sens au niveau des
instruments et des effets ! Sur le dernier album, le son est déjà
très cohérent dans sa globalité. Pour l’avenir, je
vais poursuivre dans cette recherche. J’ai un vieux synthé avec
des sons bien bruts, j’aime bienle brancher sur des effets de guitare,
il pourra contribuer à renforcer notre identité sonore. Je l’ai
souvent utilisé sur des titres comme «Un Rêve» ou «Dryades».
Mais je ne compte pas abandonner ma guitare acoustique, son son cristallin se
marie tellement bien avec les synthés!

Liesbeth a récemment rejoint NLC pour collaborer vocalement sur quelques
titres, y aura-t-il d’autres collaborations ou participations à des projets
annexes?
 

Pierre-Yves:
Oui. Nous travaillons actuellement pour THY VIOLENT VANITIES, un side-project
de OPERA MULTI STEEL. Nous y apportons des secondes voix, essentiellement celle
de Liesbeth. Il s’agit de chansons pop à dominante acoustique,
avec des touches de folk et de downtempo. Les textes sont de Sheakspeare, en
vieil Anglais, cela a beaucoup de charme. Nous n’y sommes pour rien alors
je peux le dire: les chansons sont excellentes! A côté de cela
nous réalisons, conjointement avec Julien Ash, des NOUVELLES LECTURES
COSMOPOLITES, un album commun. Cela s’intitulera «Le Journal du Dormeur»
et nous avons baptisé notre trio A SPARROW-GRASS HUNT. Je ne sais pas
encore si cela s’intitulera «NLC+HIDE&SEEK» ou si cela
portera un nom distinct, mais l’album a un titre provisoire: «Le
Journal du Dormeur». Le travail est bien avancé, mais il reste
beaucoup à faire. C’est un projet passionnant car il m’oblige
à revoir complètement ma manière de composer. Il y a de
vraies chansons, mais l’approche est très expérimentale
et la construction des morceaux est très libre. Nos styles pourtant éloignés
se marient à merveille. Nous nous sommes découvert beaucoup de
points communs. Ce sera un très bel album. Il comporte déjà
des passages qui m’émeuvent beaucoup. En plus une violoniste de
talent y a récemment apporté sa touche. J’espère
que cela va vite aboutir, mais Julien vit à 900 km de nous (et réciproquement!)
alors c’est pas toujours évident. Et comme il y a beaucoup de voix
et d’instruments acoustiques, il est difficile de tout faire par correspondance.
Normalement il verra le jour en 2004.

Liesbeth:
Se sont en effet deux projets très différents de ce que l’on
fait d’habitude notamment en ce qui concerne la façon de composer.
La collaboration avec NLC, qui a commencé avec quelques chuchotements
enregistrés par correspondance, a pris une toute nouvelle tournure. Les
bases du travail sont très spontanées et demandent une capacité
d’improvisation, ce qui n’est pas trop dans mes habitudes! Mais
c’est justement ce qui est positif. Quant à THY VIOLENT VANITIES,
il s’agit d’un disque avec des morceaux merveilleux comportant souvent
déjà plusieurs – très belles – voix superposées.
Il n’est pas toujours évident de trouver sa place sur des morceaux
aussi bien finalisés.

Pierre-Yves:
Et en plus des voix il y a des flûtes magiques!



Qu’écoutez-vous
actuellement? Quelles sont les disques que vous jugez incontournables, épidermiques…?

Pierre-Yves:
Depuis quelques mois je ne cesse d’écouter le «Hail to the
Thief» de RADIOHEAD. Cet album a été encensé par
la critique, alors ça fait pas très underground, mais tant pis:
j’adore cet album! C’est l’alliance parfaite de la puissance
et de la finesse, les voix sont majestueuses, la construction des morceaux est
extraordinaire. J’admire. Sinon, depuis un an j’écoute en
boucle les deux albums de ANJA GARBAREK, qui a le don d’écrire
des chansons parfaites. Voilà pour l’essentiel, je suis assez
mono maniaque pour ce qui est de l’écoute. A côté
de cela, j’écoute tout ce qui me tombe sous la main, cold, pop
ou autres. J’écoute souvent les albums des NOUVELLES LECTURES COSMOPOLITES,
puisque j’ai la chance d’avoir la discographie complète,
ce qui n’est pas évident pour le néophyte!


La réalisation de l’album « European landscapes » a été
l’occasion d’un projet de pochette audacieux, pouvez-vous nous en parler? Comment
vous situez-vous par rapport au design des pochettes?

Pierre-Yves:
C’est le travail du label Cynfeirdd. Il a la réputation de soigner
son packaging, mais là cela a été remarquable, au delà
de toutes nos espérances. Chaque CD inclut un carton par chanson, avec
pour chacune: son texte, ses crédits, et surtout une photographie de
paysage européen. L’Archiviste a fait appel à ses multiples
contacts en Europe pour obtenir un large éventail de photographies. Nous
avons eu l’embarras du choix pour faire coller une photo à l’univers
de chaque chanson! Le résultat est merveilleux. Cela permet à
chacun de personnaliser son CD, en mettant en première position la photographie
qu’il préfère. Nous sommes gâtés pour ce qui
concerne nos pochettes, puisque c’est l’Agent MS qui s’occupe de la pochette
de A SPARROW-GRASS HUNT, et son talent est remarquable – c’est elle qui fait
les pochettes des disques de NLC.


Votre musique à une dimension poétique et cinématographique
forte, il y a-t-il des projets dans ce sens ou estimez-vous que la musique se
suffit à elle-même?

Pierre-Yves:
La musique se suffit à elle même quand on laisse toutes ses émotions
passer à travers elle. Si ces émotions trouvent leur source dans
des lectures et des films, la musique qui en résulte a forcément
une touche poétique ou cinématographique. Nous travaillons beaucoup
nos textes, cela nous prend presque autant de temps que la musique. On se rapproche
donc d’une approche poétique par la force des choses. Mais je n’ai
pas la prétention de faire de la poésie, car la poésie
se passe de musique, et je ne crois pas que sortis de leur écrin musical,
mes mots garderaient leur résonance. Pour ce qui est du cinéma,
j’aime surtout les auteurs intimistes, les films d’atmosphère
ou troublants. Mon film fétiche a longtemps été «Alice
dans les Villes» de Wim Wenders. On reste donc dans l’intime. Un
ami m’a récemment demandé de lui écrire une musique
de film. La démarche est très différente de l’écriture
des chansons de HIDE&SEEK: je compose justement une musique qui ne se suffit
pas à elle même, pour qu’elle reste un support de l’image,
sans prendre la première place.


Quels sont les projets à venir pour le groupe?

Pierre-Yves:
Pour l’heure, nous travaillons essentiellement aux deux collaborations
dont nous t’avons parlé, avec NLC et THY VIOLENT VANITIES. A part
ça, des chansons et ébauches mélodiques naissent ça
et là, des idées de textes nous viennent quant on s’y attend
le moins… Sans nul doute les bases d’un futur album de HIDE&SEEK!
Mais on ne se fixe pas de délais, personne ne nous met la pression, alors
on verra bien. Quand nous aurons suffisamment de chansons prêtes et formant
un ensemble cohérent, nous donnerons une suite à European Landscapes.


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