Die Puppe? Depuis quand est né ce projet, avec qui, quelle motivation?
 



P: (ndlr: alias Puppe) Nous nous sommes rencontrés il y a presque 10 ans, dans un groupe de travail expérimental, très vite, nous nous sommes rapprochés au vu de nos intérêts communs musicaux, artistiques et littéraires. M’étant investie dans divers projets artistiques (photos, performances, organisation de soirées…), le pseudonyme de « Poupée Mécanique » s’est rapidement imposé à moi, la poupée représentant pour moi un intermédiaire entre le monde de l’enfance, l’aspect ludique de la vie et le monde érotisé des adultes, il me permettait de questionner l’autre sur son rapport à lui-même, en tant qu’ex-enfant, mais aussi sur son rapport à la femme/objet de désir…

U. (ndlr: alias Usher) C’est effectivement de cette manière insolite que les choses se sont
passées puis sont devenues évidentes au fil du temps. Nous n’avons rien
planifié à aucun moment mais nos projets, nos idées se sont imposées
d’elles mêmes les unes après les autres et nous les avons réalisées. J’ai
pu mettre en oeuvre beaucoup d’options dont j’avais rêvé avec DP.

Difficile de ne pas parler de Norma Loy, culte de son vivant, culte mort et finalement toujours autour de nous au détour d’articles, de playlists radio ou soirées…

L’abrasif métissage (coldwave, psyché, Japon)et la culture typographique/fétichiste représentent-ils toujours quelque chose pour vous, dans le projet Die Puppe?



U: Il y a bien sur une connection entre les deux projets, toutefois ils restent sensiblement dissemblables. Die Puppe est un objet plus sensible, moins dogmatique et plus féminin bien sûr. Il explore des territoires modernes et fertiles aussi bien musicalement que sur le plan de l’image. De plus c’est un projet ouvert où de nombreux artistes interviennent (nombreux photographes, vidéastes, graphistes tandis que dans Norma Loy Reed O13 gérait tout le côté image, et même sur le plan du son avec divers remixes). D’après moi, Die Puppe est un projet plus riche, moins hermétique, même si de nombreux aspects se rejoignent avec l’aventure Norma Loy, mais de façon plus souple, débarrassée de l’aspect mystique ou militant et davantage ancré sur la question du corps, de l’art et de l’énigme de la jouissance. L’enfance, terre souvent inexplorée chez Norma Loy , est l’objet de prédilection de Die Puppe, et l’humour également, à la manière de Lewis Carroll.

En 2004, que représente l’acte de produire un disque en toute indépendance pour vous? Acte délibéré, constat du désert au niveau maison de disques/distributeurs (no more New Rose, Danceteria, Garage, Divine, Madrigal, voire Semantic)?

U: Produire un CD en 2004 c’est effectivement faire ce constat mais aussi posséder la liberté de créer de la manière la plus indépendante avec des moyens (sur le plan de l’enregistrement, de l’image et du design) professionnels sensiblements égaux à ceux des « majors ». Des logiciels nous permettent de posséder une haute technologie au niveau musical et le réseau constitué par Poupée et moi nous amène les contributions des plus grands (pour nous): Berquet; Kiki Picasso, Marc Caro etc.



Sur scène comment se présente une performance de Die Puppe?
 



P: Le dispositif technique est simple et triangulaire puisqu’il y a Usher qui joue avec ses machines, Poupée qui chante, perchée sur ses talons hauts, et un écran en fond de scène qui projette plusieurs types de films, des sortes de “papiers peints vidéos” aux images abstraites qui illustrent de manière surréaliste le morceau et permettent un jeu de lumières, des clips proches du VJ’ing, et de véritables petits films racontant une histoire… L’histoire du morceau joué et chanté. Le fait de travailler avec des artistes différents permet cette diversité (néanmoins homogène) à laquelle nous tenons. Et devant cet écran, on peut assister chaque fois à un Miracle : une poupée devient une Poupée de chair, de sang et de latex, se jouant des codes pré-établis, poupée manga, poupée de porcelaine, poupée gonflable… Se transformant sur scène au gré de ses changements de tenue vestimentaire. On pourrait qualifier les concerts de Die Puppe de cabaret électronique multimédia.

Outre le CD ultra limité paru sur votre propre structure, quels sont les projets?

U: Nous devons jouer à Genève, Paris et Prague à la rentrée. Nous imaginons un maxi, déjà à moitié enregistré, un DVD existe aussi en gestation. Toutefois notre projet essentiel est celui de nous faire connaître et nous désirons effectuer le plus de concerts possibles, c’est notre priorité.

Vous sentez-vous proches de certaines marges scintillantes et ultimes de la société: dandys, misanthropes, iconoclastes, extra-terrestres, objets de consommation…?

U: nous nous sentons proches de toutes les formes humaines et les plus énigmatiques ou inusuelles nous séduisent davantage que les autres. Je ne suis guère branché extra terrestre mais j’aime les formes qu’on leur prête.

P : “Nous allons en rond dans la nuit et sommes consumés par le feu”…

Die Puppe évoque sans équivoque Hans Bellmer, quelles sont vos sources d’inspiration artistiques, littéraires et/ou musicales?



U. Oui je trouvais amusant ce lien entre Bellmer que je chérissais depuis toujours, j’avais même choisi une de ses poupées comme couverture d’une cassette d’Anthon Shield (mon pseudonyme à l’époque) et DZ Lectric chez DMA2, et puis le lien direct avec Poupée, son nom et son univers. Ce nom lui aussi s’est imposé dans nos têtes au même moment. Nos sources d’inspiration musicales viennent de nos racines (punk, musique industrielle ou electro des 80 ) et nous portent vers nos lubies actuelles, qui varient sans cesse ( Rechenzentrum, le dernier Wire, Coil, toujours Autechre). Sinon bien sûr Lewis Carroll, Bataille, Artaud, Berquet, Lynch etc.. C’est un puits sans fond.

Quelles sont les oeuvres qui vous retournent les sens et le coeur en ce moment?



U: en ce moment? Pas grand chose à part Berquet et les créatures étranges de Mirka Lugosi.

P : J’attends avec impatience le troisième et dernier volet des “monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort” de Murakami Ryu, le dernier livre que j’ai eu envie de posséder est celui de Trevor Brown, en plastique blanc, avec une croix rouge… J’ai été très touchée par le dernier concert de Coil à Paris.


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