In Gowan Ring, le groupe de Beir’th est l’un des secrets les mieux gardés de la scène néo-folk, un véritable troubadour moderne qui parcourt le monde, compose, joue et voyage des mois durant. Nous nous sommes entretenus avec lui, le temps d’approcher son univers et sa singularité. Un magicien qui sait caresser la peau des songes tout au long de mélismatiques mélodies, entre brûmes et douceurs, mais aussi un individu lucide qui par ses choix exprime sa conscience politique et écologique. 

Un peu de préhistoire/histoire de IGR?

Il y a quelques temps mon quotidien était fait de chanson et de danse, je participais à des standards musicaux ( le chat Cheshire dans « Through the looking glass », Oliver dans « Oliver Twist »; Sound of Music etc… Oh, et Gingerbread Man!) . Tout ceci a fait une forte impression sur moi , parce que j’ai eu l’opportunité de faire l’expérience d’une société de théâtre tribale , vivant virtuellement constamment avec la compagnie de théâtre pendant des mois alors que le spectacle se montait.
Depuis, j’ai joué dans plusieurs projets de création ; la plupart était des projets musicaux et occasionnellement théâtraux . Une troupe de divertissement « Surreal Circus » , un groupe pop cacophonique « Oemary Throwing Stones », ainsi que différentes expériences et collaborations de courte durée. Ma première expérience musicale sérieuse fut avec un teenager persécuté. Nous avions appelé notre projet « Subculture » et nos constructions sonores étaient littéralement traversées de désespoir adolescent. Notre première et unique performance fut une catastrophe totale , mais je suppose que l’humiliation se vit mieux tôt.

Pourquoi faites-vous de la musique, est-ce un lien avec votre enfance , un moyen de communiquer des émotions , des rêves…?

Oui, c’est tout ça, et quelque chose au delà de toute «raison» définissable . Aujourd’hui, il est évident que c’est une façon de jouer , de formuler et de se mettre en rapport avec le « Mundus Imaginilis » . Je peux faire des performances ou pas ; sortir des disques ou sembler en suspens, mais la musique est toujours à mes côtés et les idées qui me sont présentées me hantent tant qu’elles n’ont pas pris forme.

Si quelqu’un qui ne connaît pas votre groupe entend votre musique, il y trouvera probablement un sentiment d’ésotérisme, de magie ou de respiration spirituelle ; quelle est votre principale inspiration pour la musique : la magie, la poésie, l’art, la religion…?

Je dirais que ce qui nourrit la musique est ce qui nourrit aussi la magie, la poésie , l’art ou la religion ; ceux-ci peuvent servir de point d’accès à l’ « inspiration », mais tout cela n’ est qu’une question de définition de l’ « inspiration » qui en elle-même est ineffable mais qui je l’espère, devient palpable dans la musique.
Je me sens plus « inspiré » quand j’ai la chance de passer de longues périodes dehors dans des régions rurales loin de toute civilisation là où le Naturel interagit avec l’ « Humain ». Les vieilles pierres , la nouvelle mousse ; je ne supporte pas d’être trop longtemps en ville. Mais dans les villes , les cimetières peuvent être de merveilleux endroits pas du tout morbides. Passer du bon temps dans un cimetière est une aide pour une vie contemplative et entière.

Que signifie le nom?

Le « gowan » est un champ de fleurs , de pâquerettes, souvent rencontré dans les chansons folk telles que « the gowans are gay »etc… Donc,au delà de ça , « In Gowan Ring » est ouvert à une myriade d’interprétations, et cela peut signifier être « béni » dans la conscience des interrelations et des complexités du monde naturel.

Des préférences ou influences musicales ?

Syd Barrett, Nick Drake, Kevin Ayers, Legendary Pink Dots, Current 93, la musique folk traditionnelle…?

Avec les années, je citerai de préférence, Tim Buckley, Fred Neil, Leonard Cohen, Donovan, 17 Pygmies, John Dowland et oui, cela va presque s’en dire , le plus gros de la musique folk traditionnelle.

Le graphisme des pochettes de IGR est toujours très personnel et profondément évocateur, depuis le symbolisme de la série « Exists and entrances » au mysticisme néo-Graal de « Official albums »; pourriez-vous nous en dire plus ( signification…)?

Je suis content que vous trouviez cela « profondément évocateur » et personnel. J’aime toujours me replonger dans l’art graphique quand j’ai le matériel, le temps et l’espace pour ça. L’image de « Glinting Spade » est une appropriation du symbole ancien des triangles s’entrecoupant ( l’interconnection homme/femme). Alors que le symbole de « Hazel Steps » est dissimulé à l’intérieur de « Glinding Spade », il montre une goutte dans une goutte(si « a drip within a drop »),ou encore une goutte dans un affaissement plus grand(si a drip within a droop) -sans trop savoir ce que ça signifie), peut-être que ce sera plus clair pour toi… un arbre et la pluie qui le nourrit, une loupe au dessus du chemin menant à la « Weathered Home » (demeure usée par les saisons). Le travail artistique présenté dans In Gowan Ring peut toujours être interprété de multiples façons.

Comment les gens aux Etats-Unis, dans le monde, réagissent-ils à votre musique ? Y a-t-il différents suivis et réceptions selon le pays ? Etes-vous toujours liés à la scène « dark-goth »?

Il semblerait que les gens soient très touchés par la musique ou pas du tout.
Non, on n’ est pas toujours relié à la soit-disant scène « dark-goth », je suppose que c’est en quelque sorte plus vrai en Europe qu’en Amérique du Nord , peut-être seulement en quelque sorte…

Formation actuelle de IGR?

La formation de IGR change de performance en performance. Récemment, j’ai fait pas mal de performances au départ tout seul, ou avec un ami quelconque ou de nouvelles connaissances qui se trouvent être dans les parages et qui se trouvent être disponibles pour arrondir les angles pour ainsi dire. C’est vraiment bien de jouer avec d’autres quand ça se déroule bien, cependant c’est une grande liberté de jouer de façon autonome.

Des concerts en France prochainement?

Ce serait bien. On a parlé d’un éventuel spectacle à Paris si je reste en Europe pour la deuxième moitié de l’année. Je serais prêt à jouer dans différentes situations (spectacles à domicile/ des événements artistiques) et pas seulement l’habituelle scène de club. J’ai une nette préférence pour les théâtres et les petites églises, mais un grand salon avec une cheminée, du thé et des fruits, quelques 20-30 personnes, sont parfois des événements mémorables.

Prochains projets et voeux pour IGR?

En ce moment, je travaille dans des écuries pour des amis. Je serai ici en juin, avec une performance en mars (Flammenzauber Festival , Allemagne) pour rompre la monotonie.
En juillet, je prévois de faire un voyage en Nouvelle Angleterre dans un véhicule diesel qui marche à l’huile végétale, ce qui aux Etats-Unis peut se trouver gratuitement dans des restaurants qui s’ en servent pour frire des légumes ; de l’essence gratuite et un moyen de ne pas donner de l’argent aux impérialistes de combustibles fossiles ( un problème actuel s’ il en est). Peut-être plus tard dans l’année , des spectacles en Europe ou ailleurs.
J’ai environ trois albums sous l’aile sur lesquels j’aimerais travailler et des idées vagabondes que j’aimerais mettre en forme, mais les choses prennent du temps pour se déployer.
J’aimerais construire une maison un jour, peut-être dans les cinq ans à venir, mais où?
Il y a encore des instruments à construire si je trouve un endroit où travailler. Cela peut se produire dans les prochains mois quand je serai en train de récolter des algues dans le Maine.
Au regard de futures performances, je ferai peut-être deux blocs de spectacles dans l’année: au printemps aux Etats-Unis et en automne en Europe. Et refaire ce même itinéraire chaque année ou tous les deux ans, (avec des changements bien-sûr). Il y a quelque chose de satisfaisant à retourner régulièrement aux mêmes endroits, voir les gens à nouveau , montrer des choses nouvelles dans de vieux endroits. Mais cela représente beaucoup de travail de préparation , d’arrangement etc…

Disques, livres, artistes autour de vous en ce moment?



J’ai récemment rejoué avec deux de mes musiciens préférés, Dawn et Nils de Faun Fables. Nous avons fait un petit spectacle à Los Angeles pendant que je séjournais à Malibu. J’ai aussi récemment joué dans un spectacle dans une ville côtière où j’étais (Astoria) dans un joli théâtre avec Walteufel. J’ai également aidé à accueillir une soirée sonore dans ma maison avec Mnortham pendant son séjour dans le nord-ouest. J’ai aussi eu l’occasion d’aller voir et de passer du temps avec mes anciens professeurs Philip et Gayle Neuman ( de De Organographia) au cours de l’une de leurs performances à Portland. Il y a cet album « Magic Carpet » que je n’arrète pas d ‘écouter. Mes lectures récentes ont inclus « Pollen and fragments » (Novalis), « Poetry and Mysticism »(Colin Wilson), « The Stone Door »(Carrington), « The pagan dream of the Renaissance »de Joscelyn Godwin; et autres romans modernes de moindre conséquence. Bientôt j’aimerais me plonger dans « My wicked, wicked ways » d’Erol Flynn. Comme toujours je recommande « Eros and Magic in the Renaissance » par Ion Cullianu ( version originale en français).

Le sens de l’esthétique est en voie d’extinction. Quand on vit sans ce sens, une certaine musique peut être envisagée comme un moyen de survivre dans un environnement de plus en plus hostile. Ce serait un truisme que de suggérer que ce sens de l’esthétique est une donnée indispensable pour une existence pleine de sens, mais il est de moins en moins évitable de conclure que le sens de l’esthétique est en fin de compte un sens indispensable à la cohabitation de l’humain et du non-humain, de ce fait, à la survie de l’espèce humaine. Si l’étendue de perspective d’une personne est purement et simplement humaine alors cette personne est loin de cette réalité absolue qui fait les bases de l’existence.
La musique peut servir d ‘outil vivifiant dans une tentative de revigorer les possibilités atrophiées de l’organisme humain à se mettre en rapport avec sens (donc de façon responsable) avec le monde dans toutes ses différences. La musique et les arts ont le pouvoir (même si ils sont peu décrits de façon vivante) de guider l’homme vers la conscience et la contemplation de la grande beauté d’une réalité ultime.

Entretien réalisé en février 2005.


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