Plutôt que
d’endosser le rôle de « première partie »,
O Quam Tristis a véritablement partagé l’affiche avec
Collection d’Arnell-Andrea. Proposant un répertoire issu de
ses trois premiers albums et offrant en exclusivité quelques
titres exclusifs de « Chants Funestes ».

Nimbés
par des vitraux projetés tout au long du concert, les
atmosphères médiévales rehaussées de sons
synthétiques ont enchanté l’auditoire. Chaque musicien
derrière un pupitre au devant duquel un parchemin déroulé
figurant les textes scandés en latin, figures monastiques
fantaisistes accompagnées par un instrumentiste à leur
gauche. Souvent polyphoniques, les voix ont transcendé les
classiques du groupe: « A Deo Salutari » ou
« Anno Mense Die », portées par une
musique qui resplendit en concert et par un son subtil et
parfaitement équilibré (peu commun dans une salle
plutôt « rock »).

Plus d’une heure
de concert délivrant une atmosphère surnaturelle (voir
les photographies de notre « reporteuse ») et
un set qui présage du meilleur pour le futur album, ont porté
cette soirée anniversaire en de très hautes altitudes.

La liaison entre
les deux groupes allait être faite par un programme
relativement coldwave, mixé pour l’occasion, avec quelques
ouvertures darkwave médiévales.


Pour beaucoup le
concert de Collection d’Arnell-Andrea était l’opportunité
de les retrouver dans un

contexte plus
« rock » après les concerts acoustiques
de mai à Leipzig et l’année dernière à
Clisson.

Et ce dixième
anniversaire de l’association Trinity sera marqué à
jamais par une magistrale performance du septuor de Gien. Encore
envoûtés par la prestation d’O Quam Tristis nous
attendions sagement les premiers accords et ce fut: « Anton’s
Death », ressurgi des limbes et réorchestré
pour l’occasion.

Dès lors,
la saveur noire et enveloppante d’une mélancolie électrique
allait attiser nos sens pendant près d’une heure et demie.
Deuxième titre et deuxième choc sonore avec « Les
Sombres Plis de l’Âme » assez proche de la version
martiale et implacable enregistrée pour la compilation
« Ruines & Vanités ». Le climat est
installé, plus rien n’arrêtera la vague sonore et
émotionnelle. Revisitant avec rage et tension l’album
« Villers-aux-Vents », sinuant savamment entre
les deux derniers albums « The Bower Of Despair »
et « Exposition, eaux-fortes et méandres »,
Collection d’Arnell-Andrea use moins de la saveur brumeuse des
premiers albums. L’intensité s’incarne dans la confrontation
bagarreuse entre la guitare hachée, carrée et hirsute
et les méandres des cordes. Souvent alto et violoncelle
s’entraînent dans des joutes d’une tension extrême,
délaissant ainsi les échos à la musique de
chambre. La section rythmique plus marquée que par le passé
structure les titres, combinée à des claviers qui
alternent nappes litaniques, mélodies graciles et
architectures spectrales. Pour qui a pu voir le groupe à ses
débuts, Collection exprime désormais une énergie
scénique décuplée et moins contemplative. Le
charme opère implacablement, Chloé est comme ensorcelée
sur certains titres, voix libre et échevelée, Carine en
écho, contrepoint entre crépuscule et aurore. Le
recours aux voix masculines, présentes depuis toujours, mais
incontournables sur les derniers albums achève de convaincre.
Collection s’est métamorphosé sur scène,
toujours aussi élégant et inactuel mais plus
épidermique et vivant.


Après
quelques mots adressés à la salle annonçant le
rappel, nous avons droit à l’enchaînement redoutable de:
« Aux Aurores » (un des instants inoubliable de
ce concert, extrait du premier album), « Les
Cendre-lisières » et un « I can’t see
your face » au final indomptable digne de « A
forest » de The Cure. Sarabande et danse de Chloé
et communion avec le public conquis en guise de final de cette
soirée.

Assister à
un concert de Collection d’Arnell-Andrea a toujours été
une expérience singulière, la magie des albums studio
se mêlant à des projections de films et à une
énergie plus palpable, presque physique sans pour autant
proposer une dimension rock traditionnelle, ces trop rares
prestations offrent un visage autre, une communication invisible
entre le public et le groupe. Le concert de ce samedi 17 mai à
l’Epicentre a confirmé la place à part du groupe dans
la scène musicale des musiques « dites »
sombres. Véritable spectacle total qui mêle poésie
visuelle surréaliste, textes élégiaques, univers
hanté par la fin de toutes choses, un art fait de larmes et de
frissons.

Photographies par Fanny P.

Catégories : Concerts

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