Entretien estival avec Billy Amzam de One For Jude qui depuis près de 20 ans développe un univers très personnel marqué par des textes singuliers et une musique qui a su se métamorphoser au fil du temps, souvent cold-wave, parfois dark-folk, new-wave, shoegaze ou même inspirée par le krautrock.

-One For Jude est né quand, sous quels auspices et inspiré par quelle envie ? -D’ailleurs d’où vient ce nom ?

One for Jude est né en 1999 à partir du duo « Closer », un groupe de studio formé par Billy et Ben. La sortie rapide d’un premier CD 5 titres éponyme (à tirage limité et quasi épuisé) officialise cette naissance. Le style était alors cold-wave « canal historique », la presse  spécialisée le compare beaucoup aux premiers Cure (période « Faith »). En fait, nous avions tellement précipité cet acte de naissance que notre style avait déjà énormément changé au moment où le disque commençait à se distribuer. Nous nous sommes alors mis à l’enregistrement d’un album sorti début 2001, « figures ». Il fut plus surprenant pour beaucoup de gens, beaucoup moins conventionnel finalement, le magazine Belge Side-Line avait même écrit qu’ils doutaient que nous puissions trouver un public malgré une qualité artistique ; cela nous avait beaucoup flatté et encouragé.

La motivation de ce projet, qui perdure avec la même verve 20 ans et une dizaine de disques plus tard, fut guidée par une démarche artistique et esthétique ambitieuse, déconnectée autant que possible de toutes considérations idéologiques ou commerciales.

Le nom One for Jude évoque une ouverture à l’autre, une forme de don ou de partage. Jude est notamment le Saint des causes désespérées.

-Le groupe a souvent exploré de nouvelles couleurs d’album en album, coldwave à ses débuts, plus dark-folk par la suite, parfois plus shoegazing ou même néo-krautrock, pourtant il y a un style, un rapport particulier aux rythmes, aux atmosphères et à la langue. Comment voyez-vous ce parcours ? Est-ce que ces évolutions sont le fruit de vos écoutes d’autres groupes, de vos vies de musiciens… ?

Effectivement nous avons beaucoup évolué notre style au fil des productions, en explorant des sons, des ambiances et des instruments différents. Cela reflète aussi notre parcours de vie à travers les ans et l’évolution de notre maturité artistique qui bien sûr se nourrit d’écoutes de nombreux autres groupes.

Au fil de notre route, nous ajoutons des cordes à notre harpe et « syncrétisons » plusieurs styles pour servir l’émotion et le ressenti que nous exprimons. L’expérience en somme.

-Les mots ont un pouvoir particulier dans l’univers de One For Jude, que cela soit en français, en anglais ou dans d’autres dialectes, ils résonnent souvent comme des formes sonores qui dépassent le sens propre du mot. Le champ lexical est également très particulier, je me souviens d’avoir entendu des mots aussi étranges que le cresson, la vague qui braille ou encore l’illuminateur… On erre alors entre onirisme, mystique d’un pays secret, visions d’outre-monde. Quel est votre rapport au texte, l’importance qu’ils ont ? Est-ce que des auteurs ou des livres nourrissent cet univers ? `

Tu as raison, depuis nos débuts, les textes et la sonorité des mots sont importants dans nos composition.Nous essayons de ciseler la voix en jouant sur les paramètres de diction, de ton et bien sûr de phonétique tout autant que le sens des mots afin que les paroles s’entendent d’abord par l’impression et l’émotion plutôt que par le cerveau. Ensuite c’est vrai que nous sommes souvent dans le registre poétique et onirique qui construit l’univers de One for Jude, un univers souvent éloigné du monde réel. C’est assumé bien sûr !.

-Sur le plan graphique, vos disques sont très souvent illustrés par des peintures que l’on pourrait rattacher à une forme d’expressionnisme. Qui est l’artiste ? Quel est l’importance de cet aspect visuel par rapport au travail musical et aux thèmes des albums ?

Nous travaillons beaucoup avec le peintre et musicien Karl R. Bloch (https://karlbloch.wordpress.com/), qui a longtemps peint au fond de sa petite boutique de fleurs. Il y a souvent un côté halluciné et apocalyptique dans le travail de Karl qui raisonne bien avec ce que nous faisons.

-Quels sont les groupes ou artistes qui ont compté ou qui comptent aujourd’hui pour vous ?

Adolescents, nous avons été bercés par des musiques dites « sombres » (mais qui recèlent une part de lumière !) : new wave ou post punk au sens large (Joy Division, The Cure, The Legendary Pink Dots, Christian Death, Sisters of Mercy), musique industrielle/expérimentale (Coil, Nine Inch Nails, Neu, Sonic Youth, Kraftwerk), dark folk (Death in June, Current 93), métal (Slayer, Darkthrone, Mayhem, Death)  et de la musique lyrique et classique. Puis notre champ s’est ouvert à la chanson française et même à certains artiste reggae ou rap (Bashung, Christophe, Gainsbourg, Polnareff,  Bob Marley, Beastie Boys)…

-Le dernier CD-EP revenait à une veine très cold-wave, est-ce que cela annonce un album dans cette veine ou verra-t-on un retour aux expériences plus électroniques et presque post-rock du précédent?

Effectivement, après les crépitements électroniques de « Landscape » nous avons ressenti le besoin de revenir avec « Anne Liese » à des morceaux d’inspiration cold-wave mais plus fluides et immédiats, qui passent très bien en live. Les morceaux que nous composons en ce moment sont structurés et entraînants…avec quelques échappées bucoliques quand même !

-A ce titre quels sont les projets à venir ? -Ces derniers mois vous avez à nouveau donné quelques concerts, est-ce que cela influe sur la couleur de votre musique ? J’ai pu constater un côté beaucoup plus noisy à la Ride sur des extraits d’un récent concert à Paris.

Nous avons fait une dizaine de concerts en 2016 puis sommes repartis sur des compositions et enregistrements, en vue de la sortie d’un mini-album début 2018 qui pourrait être intitulé « A la chaleur humaine ». Nous ne savons pas encore précisément quel format cela prendra. Beaucoup de fans nous demandent du vinyle. Par ailleurs, nous travaillons avec un nouveau batteur pour un nouveau set live qui essaiera de capitaliser sur le côté énergique qu’on essaie d’insuffler en concert en y développant le côté planant et onirique de nos disques. Nous ferons quelques concerts en France et en Belgique d’ici la fin de l’année.

-Vous avez toujours produit de façon indépendante et autoproduite votre musique, est-ce un choix, une démarche d’autonomie et de contrôle total sur votre musique ou la conséquence d’un milieu musical peu enclin à soutenir les groupes en dehors des sentiers battus ? Merci d’avance pour vos réponses.

C’est un choix assumé, nous sommes très attachés à l’indépendance et à une totale liberté artistique. Nous sommes bien sûr ouverts à des collaborations (distribution, édition, booking, production audio ou visuelle) dès lors que notre démarche artistique est partagée.

Merci beaucoup pour votre intérêt et à très bientôt en concert !

Discographie:

One for Jude (mcd, 1999)

Figures (cd, 2001)

Hélice (cd-ep, 2004)

Live in Prague 2002 (cd live bootleg, 2004)

Re Generation (cd, 2007)

Bonheur Dynamique (cd, 2009)

Nous sommes les ruines (mcd, 2012)

Au revoir Shoshana (cd-ep, 2012)

Landscape (cd, 2014)

Anne Liese (cd-ep, 2015)

Site du groupe: http://www.oneforjude.com

 


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